Prévention & santé

Vapotage et santé bucco-dentaire : ce que la science établit sur vos dents et vos gencives en 2026

Alan L. 13 octobre 2026 5 min de lecture

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À retenir
  • 01Le rapport ANSES du 4 février 2026 (720 pages, ~3 000 études analysées) confirme que la vape présente un risque sanitaire moindre que le tabac, mais des dangers non négligeables pour la santé bucco-dentaire.
  • 02Une méta-analyse publiée dans Evidence-Based Dentistry (groupe Nature, février 2025, 40 études, Tattar et al.) montre que les vapoteurs ont des scores de plaque dentaire plus élevés que les non-fumeurs et des marqueurs inflammatoires gingivaux accrus.
  • 03Le propylène glycol des e-liquides provoque une xérostomie (sécheresse buccale) qui réduit la salive protectrice et favorise la prolifération de bactéries cariogènes comme Streptococcus mutans.
  • 04La nicotine réduit le flux sanguin vers les gencives, ralentit la cicatrisation et peut compromettre l'ostéo-intégration des implants dentaires.
  • 05En France, environ 6,1 % des adultes vapotent, dont 65 % continuent de fumer en parallèle — un profil dit « double usage » qui cumule les risques pour la bouche.
65 % des vapoteurs adultes français fument également du tabac en parallèle (« double usage »), le profil le plus défavorable pour la santé parodontale — données reprises par le rapport ANSES, février 2026

Le vapotage et la santé bucco-dentaire forment désormais un binôme incontournable en cabinet dentaire. Depuis le début de l’année 2026, deux publications majeures changent la donne : le rapport de l’ANSES (4 février 2026) et une méta-analyse internationale parue dans Evidence-Based Dentistry (groupe Nature, 2025). Résultat : la cigarette électronique n’est pas neutre pour vos dents et vos gencives — même sans combustion ni goudron.

Le vapotage et la santé bucco-dentaire : ce que dit l’ANSES en 2026

Un patient tenant une cigarette électronique discute des effets du vapotage sur sa santé bucco-dentaire avec son dentiste
Source : www.nature.com

Le 4 février 2026, l’ANSES a publié pour la première fois une étude d’ampleur sur les effets de la cigarette électronique. Un lien possible a été détecté avec des atteintes respiratoires, notamment la BPCO. Mais la bouche, première porte d’entrée de l’aérosol, est aussi directement concernée.

Au total, près de 3 000 études ont été analysées dans ce rapport de 720 pages. L’ANSES conclut que la cigarette électronique présente un risque sanitaire moindre par rapport au tabac fumé, mais alerte sur des dangers « non négligeables » pour la santé. En clair : moins nocive ne signifie pas inoffensive.

Selon les données reprises par l’ANSES, 98 % des vapoteurs adultes français sont fumeurs ou anciens fumeurs, et environ 65 % continuent de fumer en parallèle. Ce profil dit de « double usage » est, de loin, le plus défavorable pour la santé bucco-dentaire.

La méta-analyse internationale de 2025 : 40 études, des conclusions nuancées

Une méta-analyse publiée dans Evidence-Based Dentistry (volume 26, 2025) a inclus 40 études éligibles sur la santé parodontale des vapoteurs. Ses conclusions sont nuancées, mais instructives.

Les fumeurs de tabac classique présentent des résultats parodontaux systématiquement moins bons que les utilisateurs de cigarettes électroniques. Aucune différence n’a été démontrée entre vapoteurs et non-fumeurs pour les marqueurs de destruction parodontale profonde. En revanche, les vapoteurs affichent des scores de plaque dentaire plus élevés que les non-fumeurs.

Ainsi, la vape n’est pas équivalente au tabac — mais elle n’est pas non plus sans effet sur vos gencives.

Trois mécanismes qui affectent votre bouche

1. La xérostomie : quand la salive disparaît

Le propylène glycol (PG) contenu dans les e-liquides a des propriétés hygroscopiques : il absorbe l’humidité. Vapoter régulièrement entraîne une xérostomie, c’est-à-dire une sécheresse buccale. Or, la salive est le protecteur numéro un de vos dents.

Concrètement, la salive neutralise les acides, reminéralise l’émail et élimine les bactéries. Lorsque le vapotage assèche la bouche, il perturbe cet équilibre naturel. Une réduction de la salive entraîne un environnement plus propice à la prolifération des bactéries responsables des caries, des infections des gencives et de la mauvaise haleine.

2. Le microbiome buccal perturbé

Des études indiquent que le vapotage peut perturber la flore normale de la bouche, en facilitant la croissance de bactéries cariogènes comme Streptococcus mutans, qui remplace progressivement la flore saine.

Par ailleurs, les utilisateurs de cigarettes électroniques présentent une abondance accrue de pathogènes opportunistes comme les espèces Staphylococcus et Streptococcus. Ces espèces sont impliquées dans des affections buccales telles que la chéilite angulaire, la mucosité et les caries.

3. La nicotine et les gencives

La nicotine, même sous forme de vapeur, peut réduire le flux sanguin vers les gencives. À long terme, cela favorise une inflammation et des maladies gingivales.

De plus, chez le vapoteur, comme chez le fumeur, la gencive peut paraître saine — peu de saignement, peu de gonflement — alors qu’une infection progresse en profondeur. Ce mécanisme de masquage rend le diagnostic clinique plus difficile.

Enfin, une étude publiée dans le Journal of Oral and Maxillofacial Surgery, Medicine, and Pathology indique que l’exposition à l’aérosol de cigarette électronique peut nuire à l’intégration des implants dentaires, en compromettant potentiellement l’ostéo-intégration.

Fumer ET vapoter : le scénario le plus risqué

Le « double usage » — fumer et vapoter simultanément — cumule les effets négatifs des deux pratiques. Ce profil est précisément celui pour lequel les données sont les plus défavorables : il cumule la toxicité de la combustion et les effets propres au vapotage, sans bénéficier de la réduction d’exposition promise par la substitution.

En revanche, pour un fumeur souhaitant arrêter, la cigarette électronique reste reconnue comme un outil de réduction des risques. La Fédération Addiction y voit la confirmation du rôle du vaporisateur personnel comme outil de sevrage. La cigarette électronique apparaît, pour les fumeurs, comme une alternative nettement moins dangereuse que le tabac. Mais « moins dangereux » ne dispense pas de vigilance bucco-dentaire.

Vapotage et jeunes : un signal d’alarme

Bien que les preuves soient encore en cours de consolidation, les recherches disponibles indiquent que le vapotage chez les jeunes peut contribuer à la xérostomie, aux caries et aux lésions buccales. Des données préliminaires suggèrent également que la vape peut modifier la composition de la salive et du microbiome buccal, augmentant le risque de caries et d’infections fongiques.

Concrètement, les arômes sucrés des e-liquides — très populaires chez les adolescents — favorisent Streptococcus mutans et aggravent le risque carieux, surtout sur des dents jeunes dont l’émail est en cours de maturation.

Ce que ça change concrètement pour vous

  • Signalez votre vapotage à votre dentiste lors de chaque consultation. Pour les chercheurs, les habitudes de vapotage devraient figurer dans les questionnaires de santé. Cette information aide votre praticien à adapter son dépistage.
  • Hydratez-vous régulièrement tout au long de la journée. Boire de l’eau compense la xérostomie induite par le propylène glycol et aide à maintenir un flux salivaire protecteur.
  • Maintenez un brossage rigoureux, deux fois par jour avec un dentifrice fluoré, et utilisez le fil dentaire ou des brossettes interdentaires. Les vapoteurs affichant des scores de plaque plus élevés, une hygiène irréprochable est encore plus décisive.
  • Consultez régulièrement pour un bilan parodontal complet. La nicotine peut masquer les signes d’inflammation gingivale et retarder le diagnostic d’une parodontite débutante.

Vous vapotez et vous souhaitez faire le point sur votre santé bucco-dentaire ? L’équipe de l’Espace Dentaire du Forum vous accueille à Boulogne-Billancourt pour un bilan personnalisé. Pour en savoir plus, consultez également les recommandations officielles de l’ANSES sur le vapotage et les ressources de l’UFSBD pour la santé bucco-dentaire.

Questions fréquentes

La cigarette électronique abîme-t-elle les dents autant que le tabac ?
Non. Les données actuelles montrent que la cigarette électronique cause moins de dommages parodontaux profonds que le tabac classique. Toutefois, elle n'est pas sans effet : elle augmente la plaque dentaire, assèche la bouche et perturbe le microbiome buccal. Le rapport ANSES de février 2026 confirme ce bilan en demi-teinte.
Pourquoi le vapotage provoque-t-il une bouche sèche ?
Le propylène glycol des e-liquides est hygroscopique : il absorbe l'humidité des muqueuses. La nicotine réduit également la sécrétion salivaire. Or, sans salive suffisante, les bactéries cariogènes prolifèrent et l'émail dentaire se fragilise.
Le vapotage peut-il compromettre la pose d'implants dentaires ?
Des études préliminaires, dont une revue publiée en 2024, indiquent que l'aérosol de cigarette électronique peut nuire à l'ostéo-intégration de l'implant. La nicotine réduit le flux sanguin et ralentit la cicatrisation osseuse. Il est conseillé d'en informer votre chirurgien-dentiste avant tout projet implantaire.
Dois-je dire à mon dentiste que je vapote ?
Oui, absolument. Les habitudes de vapotage font partie du questionnaire médical utile pour adapter le suivi. Votre dentiste peut ainsi surveiller les signes précoces d'inflammation gingivale masquée par la vasoconstriction induite par la nicotine.
La vape sans nicotine est-elle inoffensive pour les dents ?
Pas totalement. Le rapport ANSES 2026 souligne des risques possibles même pour les produits sans nicotine. Le propylène glycol et les arômes peuvent assécher la bouche, irriter les muqueuses et modifier le microbiome buccal, indépendamment de la nicotine.
Sources & références
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