- 01Le TRG035 agit en neutralisant la protéine USAG-1, qui inhibe naturellement la croissance des dents au-delà des deux dentitions classiques.
- 02La phase I (2024-2025) s'est conclue sans effets indésirables graves ; la phase II démarre à l'été 2026 à l'hôpital universitaire de Kyoto sur des enfants atteints d'hypodonties sévères.
- 03Toregem BioPharma a levé plus de 29 millions de dollars au total, dont 5,3 millions en 2026 spécifiquement pour la phase II.
- 04L'objectif des chercheurs est une mise sur le marché dès 2030, d'abord pour les agénésies congénitales, puis potentiellement pour toute dent perdue.
- 05Cette approche ne remplace pas encore les implants dentaires, mais elle dessine l'avenir d'une dentisterie régénérative purement biologique.
La régénération dentaire par médicament n’est plus de la science-fiction : en juillet 2026, la biotech japonaise Toregem BioPharma franchit une étape décisive en lançant les essais cliniques de phase II de son anticorps thérapeutique TRG035, une molécule capable de réveiller des bourgeons dentaires dormants et de déclencher la pousse d’une troisième génération de dents. Pour les patients — et pour tous les professionnels de santé bucco-dentaire — cette avancée mérite qu’on s’y arrête.
La régénération dentaire par médicament : de quoi parle-t-on exactement ?

Depuis des siècles, l’humanité ne dispose que de deux solutions face à une dent manquante : la prothèse ou, plus récemment, l’implant. La découverte, au début des années 2000, de la protéine USAG-1 a ouvert une troisième voie. Cette protéine agit comme un « frein biologique » : elle inhibe la croissance des dents au-delà des deux dentitions habituelles (dents de lait, puis dents définitives). Résultat : les bourgeons d’une éventuelle troisième génération de dents, présents sous nos gencives, ne se développent jamais.
L’intuition du professeur Katsu Takahashi, directeur de la chirurgie dentaire à l’hôpital Kitano d’Osaka, était simple : et si on désactivait ce frein ? En neutralisant USAG-1 grâce à un anticorps spécifique, son équipe a d’abord observé la pousse de dents supplémentaires chez la souris, le furet, puis le chien — sans effets secondaires notables. C’est sur cette base scientifique que Toregem BioPharma a formalisé et breveté le composé TRG035.
TRG035 : le calendrier des essais cliniques en 2026
Le parcours clinique du TRG035 avance à un rythme soutenu :
- Phase I (octobre 2024 – mi-2026) : Trente adultes de 30 à 64 ans présentant au moins une dent manquante ont reçu le médicament à l’hôpital universitaire de Kyoto. L’objectif était exclusivement d’évaluer la sécurité du traitement. Bonne nouvelle : aucun événement indésirable grave n’a été rapporté à l’issue de cette première phase.
- Phase II (été 2026) : Toregem a annoncé en mai 2026 une levée de fonds de 5,3 millions de dollars pour lancer cette nouvelle étape, ciblant cette fois des enfants atteints d’hypodonties congénitales sévères — c’est-à-dire l’absence d’au moins six dents définitives dès la naissance. Le financement total de la société dépasse désormais 29 millions de dollars, incluant subventions et levées privées.
En juillet 2026, Toregem a également été sélectionnée dans deux programmes de soutien à l’expansion internationale de la ville de Kyoto, facilitant la construction de partenariats de recherche et de licences à l’étranger pour le TRG035. Un entretien préalable (Pre-IND meeting) a par ailleurs été engagé avec la FDA américaine, premier jalon vers d’éventuels essais aux États-Unis.
Comment fonctionne ce médicament de régénération dentaire ?
Le mécanisme du TRG035 repose sur la biologie moléculaire. Sous nos gencives sommeillent des bourgeons dentaires tertiaires — des ébauches de dents que notre organisme n’a jamais « autorisées » à se développer. En administrant un anticorps monoclonal qui bloque USAG-1, le médicament lève cette inhibition et stimule ces bourgeons dormants pour qu’ils amorcent leur croissance.
L’une des questions clés pour la phase II est le contrôle de la localisation et de la morphologie des nouvelles dents : molaire, incisive, canine ? Les chercheurs explorent la possibilité d’orienter la pousse en fonction du site d’injection du médicament — une précision thérapeutique qui reste à confirmer chez l’être humain, mais qui est déjà observée en conditions expérimentales.
« L’idée de faire pousser de nouvelles dents est le rêve de tout dentiste. Nous espérons voir un jour la repousse dentaire s’imposer comme un troisième choix aux côtés des dentiers et des implants. » — Pr Katsu Takahashi, hôpital Kitano, Osaka.
Qui pourrait bénéficier de cette avancée, et quand ?
Dans un premier temps, le TRG035 est développé pour les patients souffrant d’agénésie dentaire congénitale, une pathologie héréditaire qui touche environ 0,1 % de la population mondiale et se caractérise par l’absence de développement de plusieurs dents définitives. Cette condition peut être sévèrement handicapante pour la mastication, l’élocution et la confiance en soi, et les solutions actuelles (prothèses amovibles, implants) ne sont pas toujours adaptées chez le jeune enfant.
Si les résultats de la phase II sont concluants, les chercheurs espèrent obtenir une autorisation de mise sur le marché dès 2030 au Japon. À plus long terme, l’équipe de Toregem n’exclut pas d’étendre l’indication à toute personne ayant perdu une dent suite à une carie, un traumatisme ou une parodontite — ce qui représenterait une révolution absolue pour la dentisterie mondiale.
Ce que cela change (ou ne change pas encore) pour votre cabinet dentaire
Soyons précis : en 2026, le TRG035 est encore un médicament expérimental. Il n’est pas disponible en dehors des centres d’essais cliniques japonais, et plusieurs années de validation scientifique sont nécessaires avant toute commercialisation en Europe. La régénération dentaire par médicament ne remplace donc pas aujourd’hui les traitements disponibles — implants, couronnes, prothèses.
Cependant, cette recherche s’inscrit dans une dynamique plus large de dentisterie régénérative qui transforme peu à peu la discipline : thérapies cellulaires, biomatériaux actifs, facteurs de croissance… Les fondations biologiques posées par Toregem BioPharma alimentent aussi d’autres pistes de recherche, comme les approches à base de cellules souches ou d’ARN développées dans des laboratoires américains et européens.
Pour nos patients, le message est clair : suivre ces avancées avec intérêt, sans précipitation. La meilleure dent reste celle que l’on conserve. En attendant que la régénération dentaire par médicament devienne cliniquement disponible, une hygiène bucco-dentaire irréprochable et des contrôles réguliers chez votre chirurgien-dentiste demeurent les meilleures protections. Pour toute question sur l’état de votre santé dentaire ou pour envisager les solutions actuelles les mieux adaptées à votre situation, n’hésitez pas à prendre rendez-vous avec notre équipe. Vous pouvez également retrouver nos autres articles sur les innovations en dentisterie dans la rubrique nos actualités.